GERARD LOCARDI peintre des commencements
gerard locardi le monde du peintre
 
          Etranger à toute école , ce peintre a poursuivi obstinément toute sa vie , à rebours de ses intérêts immédiats , une oeuvre personnelle et anachronique , absolument originale , moins par choix délibéré , que pressé par l'impérieuse nécessité d'exprimer , comme ce poète inspiré que fut Holderlin , ce dont il était comme lui porteur à savoir la nostalgie d'un premier état de l'être, un monde d'harmonie entre les hommes , les dieux et la nature , qu'il croit , avec le poète , découvrir chez les anciens grecs à travers la littérature et la mythologie . De ce monde grec disparu , de ces dieux enfuis , de cette sérénité à jamais perdue , l'artiste portera le deuil sacré dans toute son oeuvre .  

          Dans une atmosphère de vibrations lumineuses , de formes suggérées, plutôt qu'affirmées s'esquisse sous sa palette , un monde imaginaire feutré, quelquefois chaotique, parfois idyllique mais toujours hors du commun. Locardi s'applique a faire surgir, devant nos yeux,  une humanité de rêve , reprise de la mythologie ou de l'Histoire antique qu'il assimile à l'aurore du monde . Son art , tout de suggestion , est fait , le plus souvent , de réminiscences mythologiques , traitées dans des formes suggérées plutôt qu'affirmées , parfois de quelques taches à peine ponctuées ici et là d'un trait appuyé plus net .

          Nous pressentons que le peintre veut nous emporter, vers un temps immémorial , peut être le tout premier commencement du monde , avant que les choses et les êtres ne se soient  définitivement figés dans des formes granitiques  antagonistes , un monde où tout resterait encore possible , antérieur à la sèche rationalité , antérieur à tous les monothéismes, antérieur à la fuite des dieux , monde idéal à jamais 
disparu  à l'ère de la science et de la technique . De lui, plus que de tout autre , l'expression "habiter le monde en poète" , c'est-à-dire au sens grec "en créateur peut lui être sans contexte attribuée.
        
           Au  premier abord nous sommes décontenancés par l'atmosphère vaporeuse qui se dégage de la plupart de ses tableaux , notamment les plus représentatifs , l'apparente hésitation du dessin , souvent à peine esquissés , et la profusion des couleurs . En s'inspirant de cette antiquité ,Locardi ne vise pas , comme ses prédécesseurs , à exploiter des scènes connues du folklore mythologique , mais à tirer de notre fond imaginaire commun , le climat, l'ambiance , voire les sensations , de ces premiers temps d'innocence , où les dieux vivaient parmi les hommes . En des scènes toute personnelles ,  le peintre nous invite , par ce détour,  à partager l'éblouissement de ce premier matin , peut être même,  à nous le faire remémorer , nous les tard venus, comme si nous ne l'avions jamais totalement oublié ,  cette toute première expérience des choses et des êtres dans l'innocence du premier regard .

          Ainsi , une grande partie de son oeuvre baigne dans une atmosphère qui exprime une intense nostalgie de cet âge d'or mythique , où les hommes par tout leur être voyaient , et savaient qu'il voyaient , sans toutefois que ne se sclérose en désespoir , le sentiment de cette perte irrémédiable , bien au contraire . Devenu maître de son art , et , solitaire en son jardin personnel d'hespérie , qu'il construit, tableau aprés tableau , Locardi nous invite à détacher nos regards des contingences ordinaires , pour les lever vers notre origine , notre première civilisation méditerranéenne , en direction de l'aurore grecque afin nous faire participer à son éblouissement et à sa propre jouissance devant la profusion des choses et la générosité de l'être qu'elle a intensément vécu . L'artiste nous dit par son oeuvre  que le chemin de cette joie naturelle n'est pas totalement perdu et que l'art , la poésie et la peinture , peuvent  nous y reconduire .

          Pour autant Locardi , ne nous aide guère à interpréter chacun de ses tableaux , devant lesquels il nous laisse à notre solitude , peu d'entre eux sont titrés de sa main ,  laissant au spectateur une liberté entière , comme pour nous appeler à retrouver en nous mêmes  , par nous même, ces vérités des premiers temps .

          Le drame de ce peintre , qui mourut dans la solitude et la grande gêne , c'est qu'il ne fut pas comme tous les autres un peintre de choses présentes , même réinventées par le génie , mais un peintre d'idées , d'idées que même la trés petite équipe d'amis qui le soutinrent financièrement jusque dans ses derniers jours en achetant ses oeuvres ne comprirent pas toujours . 
 
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                      Avec ce premier tableau sans titre , au ton chaud , Locardi nous transporte dans un univers plus dyonisiaque qu'olympien . Dans une atmosphère élégiaque , deux êtres massifs , nus et roses, sans doute divins , mollement alanguis, malhabilement couronnés de feuillage ,de pampres et de fleurs , sont entourés d'une assemblée de petits personnages , assurant leur service et affairés auprés d'eux . La plupart de ces personnages ou créatures sont à peine ébauchés et traités , au fur et à mesure de leur éloignement du couple , dans un dégradé de rose au bleu , de plus en plus froid , comme si la seule proximité du dieu irradiant suffisait à insuffler, dans leur proximité , le feu de la vie , dont la plénitude est symbolisé par le rose piqué de rouge des corps divins . La nature alentour est stylisée à peine distinguable des personnages comme si il y avait , de la part du peintre , recherche appuyée d'une certaine confusion entre les genres , humain , végétal et divin , pour mieux plonger le spectateur dans cette ambiance onirique .

          Les dieux eux mêmes sont à peine esquissés , nous ne connaissons pas leur identité , ce qui seul importe , c'est leur fonction , et , notamment la chaleur communicative qui semble se dégager des corps nus et imposants , à travers le rose vif et les taches rouges . Les dieux ne se sont pas encore enfuis , ils sont encore là , bien présents , parmi nous, au premier matin, irradiant généreusement le sacré de la vie, communiquant l'être tout autour d'eux , au milieu d'une espèce de clairière , qui doit représenter le monde grec à son aurore , et qui paraît contenir et borner dans ses limites , l'univers humain tout entier. Ici , il y a , ni théologie, ni dogme , même pas de scène mythologique , mais simplement la représentation d'une espèce de connivence spontanée , d'une entente , entre les hommes et les dieux amis et familiers qui , par leur seule présence ,conditionnent , portent et soutiennent , l'univers des choses et des êtres ; ils n'ont pas pour fonction de créer , ni d'encadrer, ni n'ordonner quoique ce soit , comme prétendra le faire , pour nous et parfois contre nous , plus tard , Son omnipotence , le dieu de la métaphysique, le dieu monothéiste de nos religions contemporaines .

          De cette scène idyllique , empreinte de sérénité , nostalgique d'une harmonie première , véritable arrêt sur image sur un monde de rêve , l'artiste n'est cependant pas entièrement dupe comme le montreront bien d' autres tableaux traitant aussi de sujets antiques et dans lesquels , le mouvement, la contradiction , voire le conflit et le jeu des apparences viendront altérer cet idéal et briser cette harmonie . 
 
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            Ce deuxième tableau , tout aussi privé de titre que le précédent , et déjà à mille lieu de la sérénité de celui-ci , évoque irrésistiblement dans une atmosphère étrange , humide, ouatée d'harem ou de bains turcs , des corps alanguis s'offrant dans un véritable hymne à la sensualité , sensualité que l'on retrouvera aussi , plus ou moins intensément , dans maints autres tableaux du maître . Les regards et les désirs exprimés dans les attitudes corporelles paraissent tous converger vers le personnage féminin au premier plan à gauche . Ici aussi , le trait est léger, les contours à peine esquissés , et le " fond de scène" , sans lieu précis ,  ni intérieur ni extérieur , composé de drapés bleu chiffonés comme pour mieux accentuer l'atmosphère feutré , trouble , et la promesse érotique que ce tableau délivre .

          Outre cette dimension sensuelle , le peintre nous parle d'un monde en gestation qui semble ne pas avoir encore trouvé  sa forme définitive et sa stabilité , qui plus tard l'enfermeront dans des cadres moraux rigides, alors que dominent seuls , pour un temps encore , les sens exacerbés .


 
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          "L'échappée", un des rares tableaux directement légendé par le peintre. Horde sauvage d'étalons , chevauchée à cru par des cavaliers que l'on devine à peine , pouvant symboliser l' union primordiale des hommes et des animaux  dans l'expression d'une force vitale et d'une liberté originaire qui ne nous est plus accordée que dans nos rêves .

           L'impétuosité du mouvement de cette horde est accentuée par le traitement , en volutes vertes , de formes animales au galop , à peine ébauchées , rappelant les tourbillons d'un fleuve furieux , qu'accentue par ailleurs le traitement  bleu vert aqueux de l'ensemble du tableau . Le cadre marécageux , parsemé d'arbustes échancrés , où semble se dérouler cette scène , renforce l' impression de déchaînement qu'inspire  cette vague tumultueuse irrépressible .
 
          Si le mouvement pour sa beauté intrinsèque paraît à lui seul , dans un premier temps , motiver le peintre, il n'est pas absurde d'y reconnaître aussi l'expression de l'angoisse qui nous étreint devant l'inéluctabilité de tout destin humain , tel l'écoulement  de ce flot impétueux .    

          Techniquement il faut aussi relever comment le peintre , encore et toujours , en recherche de cette état fusionnel  premier du monde ,  s'emploie à dissoudre , par un traitement homogène et dégradé des couleurs et des formes , la frontière des genres entre eau , matière végétale , animaux et êtres humains  .
 

 
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           Tout l'art du peintre consiste ici , à transformer un décor fixe  , apparemment simple représentation , (décor de ruines romaines de Douga Tunisie) mécaniquement dévolu à une pensée méditative sur la fuite du temps  et donc à répandre la mélancolie , en son contraire , c'est à dire en une extraordinaire vision de la permanence réelle de l'essence des êtres et des choses du monde au dela des apparences .

          Ces petits personnages esquissés , le jeu probable des enfants , ainsi que les formes féminines fantomatiques en conversation , qui semblent les surveiller du coin de l'oeil , au voisinage d' une imposante et antique statue de sénateur romain , mélange de sacré et de profane , de solennel et de familier , de passé et de présent, et, parce que les enfants ont toujours joué parmi les pierres et les femmes les ont toujours surveillés , nous éblouit en un éclair de la vérité éternelle de cette scène , rapports humains figés , inaltérables  et indifférents à la fuite des jours et des siècles , sentiment proustien dont on sait qu'il n'y a que le grand art qui soit capable de nous le procurer .

          Ici , on pourrait dire , que se trouve accessoirement réalisé , l'idéal proné par Matisse , selon qui  le beau tableau serait celui , qui , tout en n'offensant  pas la vie réelle par des sentiments trop superficiels et donc en respectant son sérieux  et parfois son tragique , déclenche  en nous une sensation de sérénité et de paix .
         
           Mais plus encore , l'artiste  nous fait accéder , par la subtilité de son art , tel un oracle delphique , au monde clos et divin de la véritable réalité , à savoir , la vision par le jeu des contrastes de ce qui perdure au milieu de ce qui change et , des lois éternelles toujours à l'oeuvre  sous l'impermanent .

 
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          Ici encore, l'artiste nous laisse libre de notre interprétation . Il nous livre tout à trac , à l'interieur d'un cercle de couleur bleuté, un ensemble d'objets hétéroclites , véritable inventaire à la Prévert , un buste humain au bras cassé , un escalier avec sa rampe, un fauteuil, un petit personnage à peine perceptible assis ,un autre personnage sombre esquissé, des multiples surfaces réfléchissantes , sur la partie droite un chevalet avec , semble-t-il , le tableau d'un personnage , le tout en apparente lévitation tourbillonnante comme en spirale , enveloppés dans une sorte de voile à dominante bleu , qu'une espèce de divinité féminine sur la gauche en déséquilibre arrière donne l'impression de tirer à soi , dans l'attitude d'un pêcheur qui tirerait ses filets hors de l'eau .

          Dans l'esprit de ses autres oeuvres , il est permis de voir dans ce tableau difficile, comme une métaphore sur la vision grecque de la première aurore et du premier matin du monde où  la déesse "Alétéhia" autrement dit la Vérité , tire du néant , les êtres et choses , levant le voile sur ce qui n'était que possible , ce qui n'était pas, ce qui n'était pas encore. Le recours à cette image du filet amenant au jour les êtres n'est pas non plus sans évoquer , dans un tout autre contexte philosophique , quelque réminiscence évangélique guère étonnante si l'on veut se rappeler que l'artiste a aussi peint des "cènes" apostoliques  dont on trouvera deux exemples sur le site .






 
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          Voilà une composition étrange , d'une merveilleuse harmonie picturale , aux couleurs chaudes . A première vue , on perçoit quelques personnages debouts , dont on ne connaît pas le nombre exact ( peut être seulement deux ), car pouvant donner l'impression d'être multipliés en nombre par plusieurs surfaces verticales réfléchissantes disposées en réseau, comme dans un labyrinthe de glaces , personnages ( prêtre et servant ?) qui semblent pratiquer un rituel mystérieux d'offrandes , surplombant deux autres silhouettes accroupies autour d'une sorte de caisse dans lequel pourrait reposer, un corps d'enfant et d'où s'échappe comme un linceul blanc. L'apparition en transparence , au pied du célébrant central , d'un berceau d'osier vide , non apparent au premier regard , conforte l'impression que nous sommes bien devant une cérémonie de deuil .

          Ici encore le peintre entretient le flou sur ses véritables intentions . Si notre interprétation est juste , on peut penser , qu'avec ce tableau de deuil apaisé , l'artiste cherche à nous communiquer quelque chose du sentiment du sacré et de la sérénité devant la mort inéluctable , tel qu'il pouvait s'exprimer dans un monde , certes religieux , mais d'une religiosité sociale et ritualisée , sans transcendance , bien antérieure au christianisme .



 
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               Titré simplement "Visages" par le peintre , ce beau tableau suscite deux interrogations quant au nombre réel de personnages et quant à leur origine . Le visage féminin central , de face, rayonne de toute sa couleur , et de sa beauté alors que les trois autres sont traités dans des tons ocres sombres et deux d'entre eux restent en retrait . En retrait sur un plan arrière , un adolescent et une jeune fille à l'évidence pareillement voilée que le personnage principal . Un examen superficiel pourrait conduire à dénombrer une scène à quatre personnages . Un regard plus attentif montre toutefois que la jeune fille en retrait au port de profil identique correspond , à la perspective prés , en tout point à la première , par le port du voile , la forme du visage et la main sur l'épaule que lui tend le jeune homme qui ne trouve pas son correspondant dans le plan principal . Il semblerait donc que nous soyons en présence d'un effet de miroir en profondeur dans lequel la jeune fille rayonnante de premier plan  serait doublée par son image et un compagnon d'abord caché , hors cadre, apparaître en second plan , dans un pur statut de reflet . Peut être n'y a-t-il  là au fond , que rêverie et désir inexprimés de la jeune fille , d'être par son amant enlacée ?
 
                Dans ce dernier cas , ne semble-t-il pas que l'artiste visionnaire , pénétré de tous les mystères de la Grèce antique , ait revêtu la robe du devin pour voir au-delà des apparences , ce qui est caché, ce qui ne saurait être vu directement ?  Il donne ainsi figure  à ce qui est proprement invisible, à savoir la manière dont cette tête de jeune fille voit le monde, dont elle séjourne dans l'ouvert de l'espace, y est concernée par les hommes et les choses.
              
                 Le quatrième personnage de couleur sombre , au béret , à droite, dans un plan indéfini , en retrait ou en avant , pourrait n'être ici disposé que comme faire valoir , dans le seul  but d'équilibrer picturalement l'ensemble du tableau  .

 
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          Dyonisie , c'est l'artiste lui-même qui a attribué à cette grande fresque de couleurs le nom de la  fête  liturgique dédiée en Grèce ancienne , au dieu , maître de tous les sens , Dionysos . On comprend cette référence et son attachement à ce dieu insaisissable et contradictoire qui colle trés bien à sa personnalité complexe , poétique et sensuelle . Cette fête de la couleur est un hommage à la luxuriance des choses en tant qu"elles ne sont pas comprimées dans des formes stables , des contraintes de proximité et des relations causales . Le maître mot de cette oeuvre est la profusion , la recherche de  l'harmonie et de la beauté pour elles même , non la représentation , l'exactitude du dessin ou une perspective d'ensemble . 

          Au fond , s'il s'agit d'une tentative de description , à la manière d'un phénoménologue , des phénomènes sensibles bruts tels que nous les percevons originairement ; il n'est rien de plus vrai et de moins subjectif , dans notre première expérience des choses , que l'accueil de cette  primitive explosion de couleurs , qui nous atteint d'emblée  , c'est ce que l'artiste veut nous faire comprendre, en tentant de nous projeter , par la magie de son art , en deça de nos interprétations culturelles habituelles , en deçà de toute déformation ,  et de nos reconstructions rationnelles  toujours en recherche angoissée d'un banal sens représentatif communicable .




 
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          Dans ce petit tableau de 1988 , le peintre s'évade momentanément de son tropisme grec pour traiter à la manière du cubisme un autre thème fort de sa propre inquiétude existentielle , le sentiment de l'évanescence de toute chose et de l'inconsistance du réel , exprimés à travers la pulvérisation des êtres en des formes multiples , par la multiplication des surfaces réfléchissantes , technique picturale souvent utilisée dans ses autres oeuvres . Ici , l'artiste nous fait participer à sa propre errance en opérant  une dématérialisation totale du sujet qui disparait complètement et que l'on peut seulement imaginer se tenant  devant l'escalier, et qui n'existe que dans et à travers ses reflets incertains .





 
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          " Les Saltimbanques" , avec un Arlequin chapeauté et une Colombine, nue et déhanchée , à la manière  de beaucoup de personnages féminins du peintre , suggèrent un moment de  détente et de repos , dans les coulisses , aprés spectacle , ou lors d'un arrêt d'étape dans leur voyage sans fin , pour une troupe de bohémiens ou de la comedia del arte à l'italienne , repos au milieu de la machinerie et d'un fouillis de décors et d'accessoires enchevétrés , après le grand déballage ou la sortie de scène des artistes . Le jongleur au premier plan , qui continue son échauffement , nous indique à contrario que ce délassement n'est que momentané et qu'il n'est pas encore temps pour la troupe de se séparer . 






 
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Matin lumineux , aurore éclatante , des personnages hors sol , dans un espace brumeux , semblables à des dieux  empourprés , se livrant à un rite étrange , semblent  procéder au  rituel archaïque du sacrifice des pigeons et ainsi nous inviter à rendre hommage à Aphrodite , la Vénus grecque , la déesse de l'amour .












 
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         Tableau incandescent où il ne parait manquer , de prime abord , que des instruments de percussion , pour cadencer un mouvement syncopé ,  suggérant , une danse endiablée , sarabande sauvage et chaotique composée de fantomes de furies nocturnes occupées à célébrer nuitamment en  forêt , un culte archaïque et mystérieux , autour d'un foyer lumineux .  Le peintre accentue la violence du mouvement et la confusion qu'inspire cette scène cauchemardesque en substituant à la réalité des officiants , de larges à plats de rouge sang nerveux , ombrés de bleu , à la fois signes et sons , flammes et personnages fantastiques , engagés dans une ronde infernale autour du feu sacré . 

         Dans ce brusque tourbillon éruptif où le mouvement l'emporte définitivement sur la représentation , l'artiste , un peu à la manière de Van Gogh nous dévoile l'intimité de son âme tourmentée . On y sent comme l'expression d'une  fureur sacrée de l'artiste face à  la perte de sens qu'impliquent la fuite des dieux et la rupture de l'harmonie initiale du monde .








 
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          Tableau sombre où certains ont cru voir repris le thème traditionnel des baigneuses , mais que le peintre a pris soin de titrer lui même " Combat" .

          Dans une atmosphère crépusculaire , qui n'est pas précisément l"atmosphère lumineuse et paradisiaque du tableau de Cezanne , on perçoit , en effet , au centre deux personnages en lutte , à mains nues , desquels      paraissent s'éloigner , comme apeurées , vers les deux extrémités du tableau , des silhouettes féminines .

          Aprés l'expression d'une aurore idyllique , dans la majeure partie de ses oeuvres antiques ,  l'artiste nous découvre l'envers du décor , la lutte pour la domination , la peur et l'affollement devant la force brutale qui est là , tout aussi légitime dans son être que l'harmonie et la justice , le conflit et le mal , comme tout aussi consubstantiels à la vie que l'amour .

   



 
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          Dans ce tableau , par le dessin et le dégradé délicat du bleu au vert , le peintre travaille à accentuer encore si possible,  la confusion première des genres et des  formes entre monde végétal et le monde humain , le ciel et la terre ,  continuité d'être , qu'il imagine devoir caractériser les premiers matins , au commencement des choses .

          De la même manière nous ne savons pas si nous sommes sur un plan purement naturel ou si cette scène d'offrande à la déesse ,Vérité ou Justice , se situe dans le monde divin , les deux dimensions oniriques sont simultanément appelées avec la prosaïque présence , dans cette cérémonie empreinte de mystère et de vénération , d'une mère avec son enfant sur les genoux et d'un personnage au repos , manifestement indifférent à la grandeur du rituel qui se déroule . Le peintre a voulu ce contraste entre le culte réservé à une
divinité lointaine et inaccessible et le souci matériel et quotidien de l'humanité ordinaire .
          

 
         










 
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          Trés beau tableau légendé " la Cène " , qui  se veut celle du dernier repas du Christ avec ses douze apôtres , sans doute une oeuvre sur commande , représentation libre et trés personnelle où à la mystique chrétienne de l'adieu et de la consécration du vin se trouve d'emblée substitué une collation entre amis , où chacun , tourné vers le maître de cérémonie , auréolé de lumière , tend sa coupe dans un geste célébrant l'amitié entre les membres , dans une ambiance festive trés éloignée du dernier repas pascal , tel que nous l'a transmis la tradition . 

          Le christ malgré la persistance de son auréole , a déserté le centre pour l'extrémité de la table , ayant perdu son air hiératique traditionnel  , il n'est plus tout à fait le personnage divin inspiré de l'évangile  . La scène est , pour ainsi dire , ramenée sur terre , le banquet  de platon remplace le repas eucharistique  .








 
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          Dans ce tableau, le peintre , aiguise encore , si c'était possible , la dimension proprement métaphysique de son regard  pour le porter plus haut , plus loin , jusqu'à la source des choses . Sur un fond badigeonné de bleu sont découpés d'étranges rectangles ou lucarnes d'où des formes et des êtres semblent surgir de nulle part , comme des diables , sur la scène du monde . Des silhouettes à peine ébauchées , dans différentes attitudes , se présentent de façon empressée , se bousculant les unes les autres comme pour conquérir de vive force une place au soleil qui leur serait contestée . 
      
            Au cours de cette bousculade on voit les images se superposer au fur et à mesure de leur surgissement pour ensuite donner l'impression , aprés une petite parade , de s'effacer dans des reflets multipliés à l'infini . 
 
            Dans cette vision  héraclitéenne  du peintre ,- seul , reste réel et permanent , le personnage accroupi du premier plan qui assiste en observateur  attentif et étonné , à ce théâtre de marionettes désarticulées , appelées  à s'agiter frénétiquement , comme si le temps leur était compté et que si tôt paru il fallait accepter de céder la place et de disparaître ; scène , où l'on peut voir comme une transposition symbolique de la condition humaine .
         
         

JEFRY
21/08/2016 19:03:36
... trop petite cette page ,pour parler et conter sur Gérard,que de souvenirs me reviennent ,et presque larmes aux yeux ,je revis tout ce temps que j'ai pu passé dans son atelier du Boulevard de la Libération, immeuble ,ou j'habitais moi aussi quelques étages plus hauts à cette époque. J'ai encore le parfum des couleurs et le bruit de l'expression de ces pinceaux sur la toile pour en exprimer souvent ce qu'il ressentait à ce moment précis. Sans parler des ses lavis à l'encre noire sur parchemin "de trouvaille",papiers , cartons nappe de restaurant ou tout autre support de l'instant qui lui permettait de signer une pensée du moment qu'il passait avec une personne présente dans son atelier venue bavarder quelques heures ce jour là. Que de toîles et autres supports j'ai pu lui emmener et aider à suspendre pour une expo,un vernissage,ou bien encore en sa modeste demeure de l'Aveyron ,ou il y passait souvent l'été et autres morceaux de saisons,il y lisait beaucoup aussi et s'inspirait parfois sur l'historique de ce village de St Véran , Oui , voyez vous j'en aurais des souvenirs à conter sur un passé d'artiste pas comme un autre;il vivait à sa fàçon et il à beaucoup passionné,beaucoup rassemblé,il aimait le monde ,la vie de cette époque ou il se plaisait à recevoir et y partager son art du moment. Merci aussi à celui qui à pensé à cette expo vituelle qui continue à ce qu'il soit encore des nôtres ,sutout pour celles et ceux qui ont partagé un épisode de sa vie ... un peu comme moi ...
Jean
24/06/2015 20:59:42
J'ai très bien connu Gérard Locardi,  de mai 1968 jusqu'à son départ, de la rue Chappe au bd de la Libération, du bar suisse au tabac de la Libération. J'ai un lavis, une très belle scène, le portrait de ma fille, il est tous les jours parmi nous. Je connais la personne qui a emporté la jolie fresque qu'il avait peinte sur le mur en face du comptoir au bar suisse. Un épicurien hors pair, un humaniste très cultivé,  l'homme aux miliers de rencontres, ancien du Bataillon de Joinville;
ANDRE PIGHIERA
06/01/2015 23:38:51
J'ai connu Gérard Locardi grâce à Robert Leydet. J'avais 17 ans à l'époque. Il m'a offert un tableau d'éphèbe que j'ai toujours en ma possession. Je suis heureux de découvrir ce site. Bien qu'étant jeune à l'époque j'avais compris sa solitude. J'étais bien trop timide en ces temps pour engager des discussions avec lui. J'ai été très touché de la visite qu'il me fit un jour au "club des poètes de Marseille" pour venir écouter l'un de mes premiers poèmes d'adolescent. Il m'en fit un compliment qui fut très sincère et qui m'encouragea. Merci à l'auteur de ce site. Nous n'oublions pas Gérard Locardi
liedich
26/12/2014 11:52:57
Bonjour, je découvre. J'aime. Merci pour cet intéressant travail.
robert leydet
18/12/2013 17:53:12
il fut mon ami, il illustra de bois gravés mes premières "chansons pour esterelle" de la rue chappe au boulevard de la libération et jusqu'à Saint-veran où il fut tellement heureux....sur mes murs et dans mon coeur . il est présent à chaque instant dans les jardins de notre mémoire. Il fut un seigneur dépouillé qui traversa une vie qui ne fut pas toujours généreuse avec lui ... mille grâces soient rendues à l'auteur de ce superbe et ô combien mérité hommage.Jean Charbonnier, qui a tellement aidé les artistes marseillais ne lui a jamais lâché la main. Et pour vous quitter sur un sourire. Locardi fut également un somptueux cuisinier! R.Leydet q
Saint-Véran
28/10/2012 19:15:15
Pertinentes appréciations sur ce peintre "condottiere" à la vie tourmentée.
 
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gerard Locardi














 
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Langueur et exacerbation des sens













 
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Accessible et débonnaire ce dieu , qui au milieu des hommes leur insuffle généreusement la  vie


....mais quand
Un dieu paraît, sur le ciel et la terre et la mer
Se répand la clarté qui tout rénove .

Mais ami ! nous venons trop tard . Certes les dieux vivent,
Mais au-dessus de nos têtes , là-haut dans un autre monde ,

Holderlin












 
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Service divin fait d'attention et de respect réciproques .











 
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Pour être jetés dans la clairière de l'être toutes les formes et toutes les choses du monde sont prises dans les filets de la déesse au premier matin .











 
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